29 novembre, 2014

Un rêve, Louise GUINARD

Classé dans : — unpeudetao @ 16:35

Elle eût pris quatorze ans quand ont fleuri les lis, Ma douce Noémi dont le ciel fit un ange ! Heureuse près de Dieu d’un bonheur sans mélange, Loin de ceux qu’elle aimait tous ses vœux sont remplis. Et j’ai passé cinq ans sans l’avoir embrassée ! Elle que mes baisers cherchaient matin et soir ; Je ne la vois jamais qu’en rêve et qu’en pensée, Moi qui trouvais trop long un seul jour sans la voir !

 

Une nuit sur mon sein elle était revenue ; Elle était grande et belle et ravissait mes yeux : Son front avait gardé sa couleur ingénue, Et son regard brillait de la splendeur des cieux. Je me taisais : mon cœur avait trop à lui dire, Et je la contemplais ; alors elle sourit, D’un sourire aussi doux que son premier sourire, Alors que, s’éveillant, son âme me comprit.

 

Noémi, parle, oh ! parle ; appelle-moi ta mère, Lui dis-je en l’appelant d’un doux nom enfantin : « C’est, dit-elle, un grand bien que vivre sur la terre, « Pour servir le Seigneur et pour l’aimer sans fin ! » Mon ange, encore un mot, un doux mot qui console. Elle sourit encore et j’entendis sa voix ; Mais je ne compris plus sa céleste parole ; Et son doigt en fuyant me montrait une croix. Mes pleurs se faisant jour rouvrirent ma paupière ; Je m’éveillai disant encor son nom chéri : Hélas ! voilà cinq ans qu’elle dort sous la pierre. J’ai fermé ses beaux yeux quand les lis ont fleuri !

 

Louise GUINARD (XIXe siècle).

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose