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5 mai, 2012

Une poignée de terre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:13

 

      Dieu a créé l’homme de telle sorte qu’il puisse distinguer le bien du mal. Un jour, il demanda à l’ange Gabriel d’aller lui chercher une poignée de terre. Mais, quand celui-ci tendit la main, la terre recula et dit en se lamentant :
      « Ô ange ! Pour l’amour de Dieu ! épargne-moi ! Au nom de la science que Dieu t’a confiée, ne me nuis pas !
      Tu commerces avec Dieu à chaque instant. Tu es le maître des anges et le messager du prophète. Tu as eu des révélations. Tu es un ange supérieur car tu insuffles l’esprit à l’âme tout comme Izrafel insuffle l’âme au corps. Lorsqu’il souffle dans sa trompette, le corps se ranime mais quand c’est toi qui embouches la trompette, le coeur ressuscite à la lumière. Michaël nous fournit la nourriture du corps, mais toi, tu nourris le coeur! De même que la miséricorde l’emporte sur la colère, de même toi, tu l’emportes sur Azraël ! »
      Ainsi parla la terre. Gabriel, ému par ses pleurs, s’en revint auprès de Dieu et lui dit :
      « Je n’ose pas différer l’exécution de tes ordres mais tu sais ce qui s’est passé entre la terre et moi. Il m’eût été facile de t’en ramener une poignée si elle ne m’avait intimidé en invoquant un de tes noms ! »
      Dieu dit alors à Michaël :
      « Va sur la terre et ramène-m’en une poignée ! »
      Mais la terre, pleine de feu, exprima ses tourments à l’ange :
      « Au nom de Celui qui t’a fait le soutien des cieux, épargne-moi ! Tu es celui qui pèse le don de chaque créature, celui qui désaltère les assoiffés. Prends pitié de moi. Vois les larmes de sang que je verse ! « 
Un ange est une manifestation de la miséricorde divine et il ne met pas de sel dans la blessure d’un malade. Ainsi, Michaël s’en retourna vers Dieu sans avoir accompli sa tâche. Il lui dit :
      « Ô Seigneur qui connais l’occulte et l’apparent ! Les larmes de la terre ont dressé un obstacle sur mon chemin. Je connais la valeur des larmes et n’ai pu me montrer insensible. »
      Alors, Dieu dit à Izrafel :
      « Va me chercher une poignée de terre. »
      À peine Izrafel fut-il parvenu à destination que la terre recommença à se lamenter en disant :
      « Ô sève de la vie ! De ton souffle tu ressuscites les morts ! Ton souffle plein de miséricorde ranime l’univers tout entier. Tu es le soutien de la terre et l’ange de miséricorde. Au nom de Dieu, ne me fais aucun mal. Car le doute me tenaille. Toi, tu es fidèle au Miséricordieux et Dieu est celui qui n’effraie personne, pas même l’oiseau. Par pitié, sois aussi clément que tes deux prédécesseurs ! »
      Ainsi Izrafel s’en retourna vers Dieu :
      « Tu as ordonné à mes oreilles d’aller chercher de la terre et tu as ordonné le contraire à ma raison. Que ta miséricorde soit plus grande que ta colère ! »
      Alors, Dieu dit à Azraël :
      « Apporte-moi une poignée de terre sans plus tergiverser ! »
      Or, la terre recommença à se lamenter :
      « Au nom du Miséricordieux ! Au nom du Tout-Puissant ! Laisse-moi ! car Dieu ne refuse pas à qui demande. »
      Azraël répliqua :
      « Je n’ai pas le pouvoir de différer un ordre du Tout-Puissant !
      – Mais Dieu, dit la terre, ordonne d’être sage et de pardonner !
      – La sagesse, dit Azraël, peut s’interpréter de différentes manières, mais lorsqu’on a un ordre aussi strict, il n’y a guère lieu d’interpréter. Tes larmes et tes soupirs brûlent mon coeur. Ne crois pas que je sois inaccessible à la pitié. Peut-être même suis-je plus compatissant que ceux qui m’ont précédé. Mais, si, sur l’ordre de Dieu, je gifle un orphelin, et si un homme de bonne volonté lui offre du halva, mon geste vaudra mieux que le sien. Il y a un présent dans toute épreuve. L’agate est toujours cachée dans la boue. Puisque c’est Lui qui t’invite, viens ! Cette invitation ne te vaudra qu’honneur et joie ! Mieux vaut obéir aux ordres de Dieu. Pour moi, je n’ai pas la force d’y résister. »
      Puis, comme la terre persistait dans sa requête :
      « Je suis comme un crayon entre deux doigts. Je ne fais qu’obéir ! »
      Et, tandis que la terre l’écoutait, il en prit de quoi se remplir la main. Et la terre se trouva ainsi comme l’enfant que l’on emmène de force à l’école.
      Dieu dit alors à Azraël :
      « Je te nomme arracheur d’esprits !
      – Ô mon maître ! dit Azraël, si telle est ma tâche, toute créature sera mon ennemie. Ne fais pas de moi l’ennemi de toute créature ! »
      Dieu répondit :
      « Ne crains rien. Je créerai des maux de tête, des convulsions… et bien d’autres choses comme raisons apparentes de la mort et nul ne te tiendra pour responsable.
      – Ô mon maître ! Il y a sans doute des sages parmi tes serviteurs qui déchireront ce voile !
      – Ceux-là savent qu’il existe un remède à tout chagrin et que seul le destin est irrémédiable. Ceux qui regardent l’origine ne te verront pas. Bien que tu sois caché aux yeux du peuple, tu es toi-même un voile pour ceux qui voient la vérité. Puisque, pour eux, le destin a la douceur du sucre, qu’auraient-ils à craindre? Si tu démolis les murs d’une prison, pourquoi veux-tu que les prisonniers s’affligent ? Pourquoi diraient-ils : « Quel dommage d’avoir brisé un si beau marbre ! » Aucun prisonnier n’est triste de sortir de prison, si ce n’est celui qui est destiné au gibet. Celui qui dort en prison et rêve aux jardins de roses se dit : « Ô mon Dieu, laisse-moi profiter de cet Éden ! » Quand il dort, il n’a pas envie de se réveiller. »
     
      L’âme endormie ignore le corps, que celui-ci soit dans le jardin de roses ou dans le feu. Quel beau rêve : Visiter le paradis sans mourir !

 

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