2 mai, 2012

Ventre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:48

 

      « L’infidèle mange avec ses sept ventres mais le croyant se contente d’un seul ! » (Hahdiths, paroles du prophète.)

      Un groupe d’infidèles arriva un jour à la mosquée. Ils dirent au prophète :
      « O toi qui es généreux envers tous ! Nous venons te demander l’hospitalité. Notre voyage a été long. Offre-nous la lumière de ta sagesse ! »
      Le prophète s’adressa alors à son entourage :
      « O mes amis ! Répartissez ces invités entre vous tous car mes attributs doivent aussi être les vôtres ! »
      Chacun des membres de l’entourage du prophète se chargea donc d’un invité. Il n’en resta qu’un seul, un homme de forte corpulence. Personne ne l’avait invité et il restait dans la mosquée comme la lie reste dans un verre de vin. Ce fut donc le prophète qui s’occupa de lui et l’emmena à sa demeure.
      Or le prophète possédait sept chèvres qui lui procuraient du lait. Elles avaient pour habitude de s’approcher de la maison à l’heure des repas afin qu’on les traye. L’infidèle, sans vergogne, absorba le lait des sept chèvres ainsi que tout ce qu’il put trouver comme pain et autre nourriture. La famille du prophète fut fort attristée de voir ainsi la part de chacun engloutie. Cet homme étrange, au ventre en timbale, avait dévoré le repas de dix-huit personnes.
      Quand vint l’heure d’aller se coucher, l’homme se retira dans sa chambre. Une servante, prise de colère à son égard, l’y enferma.
      Au milieu de la nuit, l’infidèle ressentit de violents maux de ventre. Il se précipita vers la porte mais, hélas, la trouva close, verrouillée de l’extérieur. Il tenta comme un forcené de l’ouvrir, mais en vain. La pression qui habitait son ventre lui rendait l’espace de sa chambre de plus en plus étroit. En désespoir de cause, il retourna se coucher. Dans ses rêves, il se vit, lui, au milieu des ruines. En effet, son coeur tombait lui aussi en ruine. Cette sensation fut si forte qu’il rompit ses ablutions et souilla son lit.
      Au réveil, il devint comme fou de chagrin à la vue du désastre. « La terre tout entière, se disait-il, ne suffirait pas à couvrir pareille honte. Ce somme m’a été pire qu’une nuit blanche. Ce que je mange d’un côté, je le rejette de l’autre pour salir ! Dans quelle situation me suis-je mis ? »
      Comme un homme au seuil de la tombe, il attendit l’aube et l’ouverture de la porte en se lamentant. Il était comme une flèche sur un arc bandé, prêt à s’enfuir en courant afin que nul ne voie son état. Au matin, le prophète vint lui ouvrir la porte puis se cacha derrière une tenture par délicatesse. Bien qu’étant parfaitement au courant de la mésaventure de son hôte, il ne voulait pas le montrer car c’était la sagesse et la volonté de Dieu qui avaient mis l’homme dans cette situation. C’était dans son destin de connaître semblable mésaventure. L’animosité peut engendrer l’amitié et les bâtiments finissent par tomber en ruine.
      Un importun apporta le lit souillé au prophète et lui dit :
      « Vois ce qu’a fait ton invité ! »
      Le prophète répondit en souriant :
      « Apporte-moi une cruche d’eau afin que je nettoie ceci tout de suite !
      – Ô don de Dieu ! s’exclama alors son entourage, que nous soyons sacrifiés pour toi ! C’est à nous de nous occuper de ceci. Ne t’en soucie pas ! Ce travail est fait pour la main et non pas pour le coeur. Nous mettons notre bonheur dans le fait d’être tes serviteurs. Si toi-même tu assures le service, quelle sera notre utilité ?
      – Je comprends, dit le prophète, mais il y a dans tout cela une sagesse cachée ! »
      Chacun attendit donc la révélation de ce secret. Le prophète nettoya le lit de son hôte avec grand soin.
      Or, l’infidèle possédait une statuette qui lui venait de ses ancêtres. En chemin, il s’aperçut soudain qu’il l’avait égarée. Plein d’angoisse, il se dit : « Sûrement, je l’ai oubliée dans ma chambre. »
      Il répugnait à revenir sur les lieux de sa honte mais l’avidité fut la plus forte et il rebroussa chemin. Arrivé à la demeure du prophète, il vit que celui-ci était en train de laver de ses propres mains le lit souillé. Sur-le-champ, il oublia sa statuette et poussa de grandes lamentations. Il se frappa le visage des deux mains et se cogna la tête contre les murs si bien que son visage se couvrit de sang. Le prophète voulut le calmer mais, alertée par ses cris, la foule accourut. L’homme se prosterna devant le prophète en disant :
      « Ô toi ! La quintessence de l’univers ! Tu obéis aux ordres de Dieu ! Moi qui ne suis qu’une parcelle infime, j’exprime ma honte devant toi ! »
      À la vue de cette effusion, le prophète le prit dans ses bras et le calma. Il ouvrit l’oeil de son âme.
      S’il ne pleuvait pas, l’herbe ne resplendirait pas. Si l’enfant ne criait pas, on ne lui donnerait pas de lait. L’oeil qui pleure est nécessaire. Ne mange pas excessivement car le pain ne fait qu’augmenter la soif de son essence.
      Touché par la tendresse du prophète, l’homme s’éveilla comme s’il sortait d’un long somme. Le prophète lui aspergea le visage avec de l’eau et dit :
      « Viens à moi pour trouver la vérité car tu as beaucoup de chemin à parcourir sur cette voie. »

 

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