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9 avril, 2011

Namouss le moucheron, et l’éléphant (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:57

 

Il était une fois un moucheron. Il s’appelait Namouss mais on le connaissait sous le nom de Namouss le Perspicace, tant il était fin et sensible. Un jour notre moucheron décida, pour de bonnes et suffisantes raisons, et après mûre réflexion, de déménager. Il choisit pour nouveau domicile un lieu qui lui convenait parfaitement : l’oreille d’un éléphant. Il ne lui restait plus qu’à y transporter ses affaires : c’est ce qu’il fit sans tarder.
     Namouss était maintenant installé dans sa vaste et agréable demeure. Les jours succédèrent aux jours. Il éleva plusieurs générations de moucheronnets qu’il envoya affronter le monde. Il connut des moments difficiles, des moments heureux, éprouva joie et chagrin, inquiétude et quiétude, toute la gamme des sentiments qui est le lot du moucheron où qu’il se trouve.
     L’oreille de l’éléphant était son chez-soi, et, comme tous les vivants toujours et partout, il sentait (et ce sentiment persista jusqu’à devenir permanent) qu’il existait un rapport étroit entre sa vie, son histoire, son être même et le lieu où il avait choisi de résider. Il y faisait si agréablement chaud ; l’oreille était si accueillante, si vaste, elle avait été le théâtre de tant d’expériences !
     Naturellement, Namouss n’avait pas emménagé sans les cérémonies d’usage. Il avait scrupuleusement respecté les formes consacrées. C’est ainsi qu’avant d’entrer dans sa nouvelle demeure, il avait proclamé, du haut de sa petite voix aiguë, sa décision : « Ô Eléphant ! Sache que moi, et nul autre, Namouss le Moucheron, connu sous le nom de Namouss le Perspicace, j’ai l’intention d’élire domicile en ce lieu. Puisqu’il s’agit de ton oreille, je t’avertis, comme le veut la coutume, de mon irrévocable décision. »
     L’éléphant n’avait pas soulevé d’objection.

 

     Ce que Namouss ne savait pas, c’est que l’éléphant n’avait rien entendu. Pas plus, d’ailleurs, qu’il n’avait perçu l’arrivée, la présence ou l’absence du moucheron et de ses progénitures. Pour ne pas trop nous étendre là-dessus, disons qu’il ignorait absolument que des moucherons se trouvaient là.

 

     Et quand Namouss le Perspicace décida qu’il était temps de partir, pour des raisons qu’il jugeait importantes et irréfutables, il se dit qu’il devrait une fois encore procéder selon la coutume établie et sacro-sainte. Il se prépara pour la cérémonie au cours de laquelle il déclarerait solennellement son intention de quitter l’accueillante oreille.
     Quand sa décision fut prise irrévocablement et qu’il eut suffisamment préparé son discours, il cria de nouveau dans l’oreille de son hôte. Il cria une fois, il n’y eut pas de réponse. Il cria une deuxième fois, l’éléphant resta silencieux. La troisième fois, poussant sa voix très haut pour être sûr de se faire entendre, il hurla : « O Eléphant ! Sache que moi, Namouss le Moucheron perspicace, j’ai l’intention de quitter mon foyer, ma demeure, de m’en aller d’ici, de cette oreille qui est tienne, où il y a si longtemps que je vis, et ce pour une importante et suffisante raison que je suis prêt à t’expliquer… »

 

Cette fois, le pachyderme perçut le son de la voix de Namouss. Il pesait les mots du moucheron, lorsque ce dernier interrompit sa réflexion :
     « Qu’as-tu à dire en réponse à cette information ? Que penses-tu de mon départ ? »
     L’éléphant leva sa grosse tête et poussa quelques barrissements. Et ces barrissements signifiaient :
     « Va en paix : à dire vrai, ton départ a aussi peu d’intérêt et d’importance pour moi que ton arrivée. »

 

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Une réponse à “Namouss le moucheron, et l’éléphant (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    À première vue, le conte de Namouss le Perspicace pourrait passer pour une illustration sardonique de l’inutilité (supposée) de l’existence. Le soufi dirait qu’une telle interprétation ne révèle que l’insensibilité du lecteur.
    Ce que ce conte entend souligner, c’est le manque de jugement dont font souvent preuve les êtres humains quant à l’importance relative des choses de la vie.
    Ce qui est important est considéré comme sans importance ; ce qui est sans intérêt est tenu pour essentiel.
    Cette histoire est attribuée au sheikh Hamza Malamati Maqtul. Il organisa les Malamatis, les gens du Blâme. On prétendait qu’il était chrétien : à cause de cela, il fut exécuté en 1575.

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