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19 janvier, 2013

La Montagne des Cigales (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 10:12

Il était une fois un grand-père et une grand-mère qui vivaient seuls dans une petite maison. Tous les jours, le grand-père allait travailler aux champs, et semait du riz en chantant :

 

« Une graine, et il en poussera mille ».

 

Et tous les jours, un blaireau venait aussi, qui chantait :

 

« Une graine, et une seule. Et toutes je les mangerai ».

 

Le jour suivant, quand le grand-père revenait travailler aux champs, il ne restait plus une seule graine : le blaireau avait tout mangé. Par sa faute, le grand-père et la grand-mère vivaient pauvrement.

 

Un jour, le grand-père alla travailler comme d’habitude, et une fois de plus il ne restait pas une seule graine. Alors il se mit en colère et décida d’attraper le vilain blaireau. Il commença donc à semer et à chanter, et comme tous les jours, le blaireau vint et se moqua. Soudain, le vieil homme lui sauta dessus, l’attrapa et en un clin d’oeil le ficela avec une grosse corde qu’il avait apportée. Il rentra ensuite chez lui avec son prisonnier.

 

« Grand-mère, viens voir ce que j’ai attrapé! Prépare nous un bon ragoût de blaireau pour ce soir », et sur ces paroles le grand-père retourna aux champs.
La grand-mère commença à piler du riz pour faire des gâteaux pour le dîner. Le blaireau, qui était rusé, lui dit :

 

« Grand-mère, c’est bien fatiguant de piler ce riz toute seule; détachez-moi et je vous aiderai. »

 

La vieille femme hésitait, se disant que son mari se fâcherait en apprenant quelle avait détaché le blaireau; mais après tout il voulait l’aider, et elle se dit qu’elle pouvait bien le détacher juste un petit moment. Elle dénoua donc la corde et libéra l’animal. Celui-ci, feignant de vouloir l’aider, prit le pilon, mais au lieu d’écraser le riz, il donna un grand coup sur la tête de la grand-mère, et s’enfuit en abandonnant la vieille femme inanimée. Quand le grand-père rentra des champs, il trouva sa femme morte et se mit à pleurer de désespoir. Un lièvre, voyant le vieil homme si malheureux, lui demanda pourquoi il pleurait, et le grand-père lui raconta l’histoire du blaireau.

 

« Et bien, je vais vous venger. », dit le lièvre, et il partit vers les montagnes.

 

Le lièvre ramassait des fagots dans la montagne lorsque le blaireau arriva.

 

« Compère lièvre, que fais-tu donc? », lui demanda-t-il.

 

« L’hiver promet d’être très froid, je fais donc provision de fagots. », lui répondit celui-ci.

 

Le blaireau, pensant que c’était une bonne idée, se mit aussi au travail, et à eux deux ils ramassèrent une grande quantité de fagots. Ils chargèrent le petit bois sur leur dos et se mirent en route. Mais le chemin était long et le lièvre, fatigué, murmurait :

 

« C’est lourd, oh que c’est lourd! », tant et si bien que le blaireau finit par porter aussi la charge du lièvre, qui marcha alors derrière et commença à frotter des silex qu’il avait ramassés.

 

Entendant le bruit des silex frottés l’un contre l’autre, le blaireau demanda :

 

« Quel est ce bruit ? », et le lièvre lui répondit :

 

« Ici, c’est la Montagne des Piverts, c’est le bruit de leurs becs sur le tronc des arbres que tu entends ».

 

Il mit ensuite le feu aux fagots que le blaireau portait. Entendant le crépitement des flammes, celui-ci demanda :

 

« Quel est ce bruit ? », et le lièvre lui répondit :

 

« Ici, c’est la Montagne des Cigales, c’est leur chant que tu entends ». Enfin, le feu brûla la fourrure du blaireau, et celui-ci se mit à hurler, pendant que le lièvre détalait, prenant la fuite.

 

Le jour suivant, le lièvre alla à la Montagne des Piments, y ramassa des piments et les réduisit en poudre. Le blaireau, passant par là, le vit, et fort en colère lui dit :

 

« A cause de toi, hier, à la Montagne des Cigales, j’ai eu le dos horriblement brûlé ».

 

Le lièvre, faisant comme si de rien n’était, lui répondit :

 

« Les lièvres de la Montagne des Cigales sont les lièvres de la Montagne des Cigales. Ceux de la Montagne des Piments sont ceux de la Montagne des Piments.
Je ne sais pas de quoi tu parles. »

 

Le blaireau, crédule, se dit « Bien sûr, il a raison. », et demanda au lièvre si par hasard il n’avait pas de médicament pour soigner les brûlures.

 

« Quelle chance, je viens justement d’en préparer! », s’écria le lièvre, et il saupoudra généreusement le dos du blaireau de poudre de piment. Sur le moment celui-ci ne ressentit rien, mais peu à peu le piment rendit les brûlures encore plus douloureuses et il se mit à gémir de douleur. A cet instant, le lièvre s’enfuit une fois encore.

 

Le jour suivant, le lièvre partit en montagne, couper du bois dans une forêt de cèdres pour construire une barque. Le blaireau le vit, et souffrant terriblement et encore plus en colère que la veille, lui cria :

 

« A cause de toi, hier, à la Montagne des Piments, j’ai cru mourir ».

 

Le lièvre, faisant comme s’il n’avait jamais rencontré le blaireau de sa vie, lui répondit :

 

« Les lièvres de la Montagne des Piments sont les lièvres de la Montagne des Piments. Ceux de la Montagne des Cèdres sont ceux de la Montagne des Cèdres.
Je ne sais pas de quoi tu parles. »

 

Le blaireau, vraiment aisé à tromper, crut encore une fois le lièvre, et pensa « Bien sûr, il a raison. »

 

Il lui demanda pourquoi il construisait une barque.  Quand il sût que c’était pour aller pêcher dans la rivière, le blaireau friand de poissons voulut lui aussi une barque.

 

« Comme mon pelage est blanc, je construis une barque en bois blanc; et puisque ton pelage est marron, il te faut une barque marron, en terre. », expliqua le lièvre au blaireau.

 

Ils construisirent donc chacun leur barque, et partirent pêcher. Une fois au beau milieu de la rivière, la barque en terre du blaireau commença à fondre petit à petit et à se dissoudre, et il se retrouva à l’eau. Il se débattait et criait :

 

« Au secours, au secours, aide-moi! », mais le lièvre, impassible lui dit :

 

« Pense donc à la pauvre grand-mère qui est morte par ta faute. » et l’abandonna. Le lièvre se rendit chez le grand-père, et lui annonça que le blaireau était mort. Mais cela ne rendit pas le vieil homme heureux, car la mort du blaireau ne lui rendrait pas sa femme, et il pensait que le vengeance du lièvre était bien inutile.

 

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