Les oreilles du Lièvre, Jean de LA FONTAINE
Un animal cornu blessa de quelques coups
Le lion, qui plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, Béliers, Taureaux aussitôt délogèrent,
Daims et Cerfs de climat changèrent ;
Chacun à s’en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l’ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque Inquisiteur
N’allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
Adieu, voisin grillon, dit-il, je pars d’ici.
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ;
Et quand je les aurais plus courtes qu’une Autruche,
Je craindrais même encor. Le Grillon repartit : Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
On les fera passer pour cornes,
Dit l’animal craintif, et cornes de Licornes.
J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons ; Iront aux Petites-Maisons.
Jean de LA FONTAINE (1621-1695).
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« J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons ; Iront aux Petites-Maisons. »
- Petites-Maisons : hôpital réservé aux malades mentaux.
Celui qui doit passer sa vie sous un tyran, est souvent condamné comme coupable, même s’il est innocent.
Molière dira dans Les femmes savantes : » Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage « . Cet état de terreur tyrannique existait au XVIIe siècle. Il existe encore à notre époque dans plusieurs pays du monde, hélas ! La fable est toujours actuelle.